Juliette Champetier de Ribes, Psychomotricienne D.E, Praticienne Shiatsu FFST
Elle m’exprime clairement « j’ai besoin qu’on me fasse du bien » et apprécie de s’allongée et de « ne rien faire » ; elle recherche un toucher sécurisant, contenant et se détend peu à peu, la confiance s’instaurant au fur et à mesure des séances. Les migraines se sont estompées ainsi que les douleurs cervicales ; la digestion et l’élimination se font mieux. L’énergie qui était bloquée dans le haut du corps circule davantage. Le shiatsu a permis en quelque sorte de restaurer une enveloppe corporelle sécurisante et unifiante. Mlle K a plus facilement accès à son ressenti corporel et n’est plus uniquement dans la pensée. Elle se jugeait sans arrêt, très négative avec elle-même et se culpabilisait. Peu à peu son regard sur elle-même a changé ; elle apprend à gérer son stress et est plus douce avec elle même. Sa relation aux autres est différente, elle s’ouvre à nouveau au monde extérieur et a davantage d’énergie pour initier de nouveaux projets".
"Comme la relaxation, le toucher thérapeutique sous forme de shiatsu donne un regard intérieur sur son corps. Par le biais du vécu corporel, les sensations verbalisées par le patient ou le praticien permettent l'intégration d'un vécu coesthésique satisfaisant. Le patient peut ainsi créer ses propres représentations. Le corps est vécu dans une sensation d'unité par les pressions enveloppantes sur les différentes parties du corps ayant valeur de restauration narcissique."L’expérience professionnelle d’une psychomotricienne avec des enfants autistes
« L’enfant est un être en construction ; son organisation psychique est cours d’élaboration. La psychomotricité est née du constat que la construction psychique s’étaye sur le corporel. D’où l’approche thérapeutique par la médiation corporelle.
La psychomotricité s’adresse eux enfants qui se trouvent en difficulté dans leur corps pour communiquer, s’exprimer, et pour agir sur le monde extérieur :
- point de vue corporel ou somatognosique : maladresses, incoordination motrice, crispations ; schéma corporel/latéralité mal intégrés, voire image de soi négative…
- point de vue relationnel : difficultés de communication et de contact, inhibition, instabilité, agressivité, difficultés de concentration…
- point de vue environnemental : difficultés à manier les objets, à se situer dans le temps et l’espace…
Nous pourrions dire que, pour les enfants autistes, la problématique corporelle de base n’est pas dépassée. Ils ont des troubles majeurs de l’image du corps, d’habiter leur corps et des troubles de la relation. L’enfant autiste ne semble pas avoir une perception globale de son corps ; il se sent très morcelé. Il va avoir des jeux moteurs stéréotypés. La méconnaissance du corps propre est telle qu’il apparaît des confusions dans son utilisation. Par exemple, si l’enfant veut saisir un objet, il peut se servir autant de la main de l’adulte que de sa propre main sans distinguer à qui appartient les différents segments.
Avec ces petits patients, le travail va se situer au niveau de l’enveloppe corporelle, faisant appel aux premiers échanges de l’enfant (portage, bercement, réassurance, jeux de corps à corps, enveloppements) associés au regard. L’objectif va être de créer ou consolider cette enveloppe corporelle pour éveiller une conscience du corps rassemblé, contenant, les notions de dedans et de dehors, les limites corporelles.
Les objectifs de la prise en charge en psychomotricité vont être de renforcer la conscience du corps notamment l’axe vertébral ainsi que les appuis au sol. Pour cela des jeux toniques de « tirer-pousser » pour prendre conscience des muscles en mouvement sont proposés ainsi que des massages avec des balles sensorielles, percussions dans le dos pour sentir la structure osseuse.
Le psychomotricien accompagne l’enfant autiste dans la découverte de son « moi corporel », l’aide à vivre une motricité plus liée et qui prend un sens. C’est bien qu’un enfant saute à pieds joints mais s’il a conscience de son corps en mouvement et à plaisir dans l’interaction à sauter c’est mieux !
Il me semble que la spécificité du psychomotricien est de donner la possibilité aux enfants d’éprouver leur corps dans sa totalité, leur appartenant, comme source de plaisir, pour une connaissance de soi et de l’environnement, avec ses composantes toniques, émotionnelles, corporelles et intellectuelles en mettant en jeu leur faculté d’être et d’agir par le corps en relation dans le mouvement ».
Juliette Champetier de Ribes, Psychomotricienne DE en libéral.
L'article sur le site "Les premières classes" : ici